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La primauté du masculin dans la langue française : histoire, pouvoir et évolution

L’usage du masculin générique dans la langue française, souvent présenté comme une norme naturelle et incontestée, révèle en réalité une histoire complexe de lutte et de domination. Cet article explore comment cette norme n’est pas un principe linguistique inné, mais le produit d’une construction sociale et politique. En examinant les arguments historiques et les interventions d’influents hommes de lettres, nous mettrons en lumière comment la langue a été façonnée pour refléter et maintenir des hiérarchies de pouvoir, et comment ces dynamiques continuent d’influencer les débats contemporains sur la féminisation de la langue.

La domination du genre masculin dans la langue française n’est pas un phénomène fortuit, mais le résultat d’une évolution historique et sociale qui reflète des enjeux de pouvoir. Le masculin dit « générique » — c’est-à-dire l’utilisation du genre masculin pour inclure les personnes de tous sexes — n’est pas un principe linguistique inné, mais une construction sociale qui s’est progressivement imposée. Ce phénomène mérite une exploration approfondie pour comprendre ses racines et ses implications.

L’historienne Éliane Viennot soutient que la prééminence du masculin dans la langue française résulte d’une série de décisions politiques et sociales plutôt que d’une nécessité linguistique. Selon Viennot, la primauté du masculin n’est pas une caractéristique naturelle de la langue, mais le produit d’une lutte active menée par des grammairiens, auteurs et savants dont les opinions misogynes ont façonné les normes linguistiques. La persistance de cette hiérarchie de genres dans la langue illustre un projet politique qui vise à maintenir des structures de pouvoir inégalitaires.

Historiquement, les changements linguistiques observés aux 17e et 18e siècles sont souvent interprétés comme des manifestations d’un projet politique visant à effacer les termes féminins désignant des professions réputées « nobles ». À cette époque, les féminins pour des métiers comme « autrice » ou « professeuse » ont progressivement disparu du vocabulaire normatif, tandis que des termes masculins comme « auteur » et « professeur » ont dominé. Cette évolution linguistique ne s’est pas faite de manière neutre ; elle reflète les tensions sociales et politiques concernant la place des femmes dans la société.

Les débats sur la terminologie et l’évolution du vocabulaire montrent comment certains hommes influents ont cherché à légitimer cette domination linguistique. Au 18e siècle, Denis Diderot a illustré cette tendance lorsqu’il a affirmé que le terme « citoyen » était exclusivement masculin et ne s’appliquait pas aux femmes, malgré les usages précédents. Ce concept a été renforcé par les changements sociaux, comme l’exclusion des femmes du droit de vote jusqu’à la Révolution française, qui a redéfini la citoyenneté en termes masculins.

Au 19e siècle, des figures comme Louis-Nicolas Bescherelle et Adolphe Monod ont continué à promouvoir la domination du masculin dans la langue, rejetant les formes féminines comme « professeuse » ou « traductrice ». Bescherelle, par exemple, a argumenté que ces termes féminins étaient non seulement inutiles mais également incorrects, car ils étaient, selon lui, réservés aux hommes exerçant ces professions. Monod est allé plus loin en dénigrant les termes féminins, les comparant à des absurdités et renforçant ainsi l’idée que le masculin était la forme « légitime » des professions.

Ces attitudes montrent qu’au-delà de la simple évolution linguistique, il y avait un agenda politique visant à maintenir les femmes en dehors des sphères de pouvoir et d’autorité. Ce phénomène est particulièrement visible dans l’élimination de termes féminins qui étaient autrefois couramment utilisés, comme « bouchère » ou « marchande », et dans la promotion du masculin comme genre « générique » et prédominant.

Viennot note également que jusqu’au 17e siècle, la langue française était moins standardisée, et l’accord de proximité était couramment pratiqué. Cela signifiait que l’adjectif pouvait s’accorder avec le nom le plus proche, ce qui offrait une flexibilité que la norme moderne ne permet plus. L’introduction du principe selon lequel le masculin l’emporte a marqué la fin de cette pratique, consolidant ainsi la supériorité perçue du masculin dans la langue.

Aujourd’hui, le masculin générique est souvent justifié par des arguments qui prétendent qu’il est plus « naturel » ou « clair », tandis que la féminisation est décrite comme étant « alourdie » ou « excluante ». Cette présentation occulte les véritables dynamiques historiques et sociales qui ont façonné la langue. Les critiques de ce masculin générique, en revanche, mettent en lumière la richesse et la diversité de la langue française en tant qu’expression des identités et des rôles sociaux, et appellent à une reconnaissance et une légitimation des formes féminisées qui existent et ont existé.

Ainsi, la langue française, loin d’être une entité figée, est le reflet des luttes sociales et politiques qui ont marqué son histoire. La prise de conscience de cette dynamique historique est essentielle pour comprendre les débats contemporains sur la langue et pour promouvoir une approche plus inclusive qui reconnaît et valorise toutes les formes de langage, reflétant ainsi les multiples facettes de la société moderne.

Jocelyn Godson HÉRARD, Copywriter H-Translation

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