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La complexité linguistique : au-delà des idées reçues

Dans cet article approfondi, nous explorons la notion de complexité linguistique, remettant en question les préjugés historiques et les perceptions simplistes des langues. De l’évolution des théories linguistiques à l’étude fascinante des pidgins et des créoles, nous découvrons comment chaque langue naturelle équilibre habilement simplicité et complexité. Cette analyse révèle la richesse et la diversité du langage humain, invitant à une nouvelle appréciation de la linguistique comparative et de l’universalité des structures langagières.

L’étude des langues et de leur complexité est un domaine fascinant de la linguistique qui a connu de nombreuses évolutions au fil du temps. Cet article nous invite à explorer les notions de simplicité et de complexité linguistiques, en remettant en question certaines idées reçues et en examinant les processus de formation et d’évolution des langues.

Historiquement, la perception des langues a été fortement influencée par des préjugés ethnocentriques et racistes. Au XIXe siècle, une théorie erronée établissait un parallèle entre le développement du langage chez l’enfant et l’évolution des langues au cours de l’histoire humaine. Cette conception hiérarchisait les langues, considérant celles des populations dites “évoluées” comme plus complexes, tandis que celles des peuples jugés “arriérés” étaient perçues comme simples, voire primitives. Cette approche simpliste et discriminatoire a heureusement été abandonnée par la communauté scientifique..

Les linguistes contemporains ont adopté une perspective plus nuancée et objective. Ils ont observé que les traits linguistiques les plus universels, c’est-à-dire ceux que l’on retrouve le plus fréquemment dans les langues du monde, sont aussi ceux que les enfants acquièrent en premier lors de leur apprentissage du langage. De manière intéressante, ces mêmes traits sont également ceux que les personnes atteintes d’aphasie perdent en dernier. Cette observation suggère une certaine universalité dans la structure fondamentale des langues humaines, indépendamment de leur prétendue complexité ou simplicité.

La notion de simplicité linguistique est elle-même ambivalente. D’un côté, elle peut être perçue positivement, évoquant l’élégance et l’économie de moyens d’une langue. De l’autre, elle peut être interprétée négativement, suggérant une pauvreté expressive ou un manque de nuances. Il est crucial de reconnaître que ces jugements sont largement subjectifs et ne reflètent pas nécessairement la réalité linguistique.

Pour aborder la question de la simplicité et de la complexité des langues de manière plus scientifique, les chercheurs se sont penchés sur l’étude des pidgins et des créoles. Les pidgins sont des langues hybrides qui émergent dans des contextes de communication interculturelle, souvent liés à des situations de domination coloniale ou néo-coloniale. Ces langues se caractérisent par une simplification notable de leurs structures linguistiques. Elles présentent généralement une phonétique simplifiée, un lexique réduit et une morphologie épurée, dépourvue de conjugaisons complexes ou de distinctions de genre et de nombre. La syntaxe des pidgins est souvent basée sur des schémas fixes et une structure positionnelle stricte.

Il est important de souligner que la formation des pidgins n’est en aucun cas le résultat d’une incapacité génétique des populations à apprendre les langues des colonisateurs. Cette théorie raciste du “petit-nègre” a été catégoriquement rejetée par la communauté scientifique. En réalité, les pidgins peuvent se former à partir de diverses langues, y compris entre langues africaines, démontrant ainsi que ce phénomène linguistique n’est pas lié à une supposée supériorité des langues européennes.

Lorsque les circonstances historiques ont conduit à la nativisation des pidgins, c’est-à-dire lorsqu’ils sont devenus la langue maternelle de certaines populations, on a assisté à l’émergence des créoles. Contrairement aux pidgins, les créoles sont des langues à part entière, capables d’assumer toutes les fonctions linguistiques, qu’elles soient communicatives, esthétiques, ludiques ou même officielles. Ce processus de créolisation s’accompagne d’un retour à la complexité caractéristique des langues naturelles. Les créoles développent des catégories grammaticales plus élaborées, enrichissent leur lexique et créent de nouvelles expressions idiomatiques et structures syntaxiques.

Cette évolution des pidgins vers les créoles illustre un principe fondamental en linguistique : toute langue naturelle présente à la fois des aspects simples et complexes. Les langues dotées d’une morphologie riche, avec des systèmes élaborés de conjugaisons et de déclinaisons, sont souvent perçues comme difficiles à apprendre. Cependant, cette complexité morphologique est généralement compensée par une syntaxe plus simple. À l’inverse, des langues comme le chinois, qui ont une morphologie relativement simple, peuvent présenter d’autres types de complexités, notamment au niveau syntaxique ou tonal.

Il est intéressant de noter que la difficulté perçue d’une langue peut également être liée à des facteurs tels que l’irrégularité, l’ambiguïté ou la richesse en synonymes et homonymes. Ces caractéristiques, loin d’être des défauts, sont en réalité inhérentes au langage humain et contribuent à sa richesse expressive.

En conclusion, l’idée qu’il existe des langues intrinsèquement simples ou complexes est largement remise en question par la linguistique moderne. Bien que certaines langues puissent sembler plus faciles à apprendre superficiellement en raison de leur morphologie simplifiée, comme l’anglais ou le chinois, tandis que d’autres, comme le russe, sont réputées plus difficiles, la réalité est bien plus nuancée. Le fait que tous les enfants du monde acquièrent leur langue maternelle dans des délais similaires suggère qu’il existe un équilibre subtil entre simplicité et complexité dans toutes les langues naturelles. Cette perspective nous invite à apprécier la diversité linguistique mondiale non pas en termes de hiérarchie de complexité, mais comme un témoignage de la richesse et de l’adaptabilité du langage humain.

Jocelyn Godson HÉRARD, Copywriter H-Translation

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