Cet article explore la différence fondamentale entre le son et le phonème, deux concepts essentiels à l’étude du langage. En s’appuyant sur les contributions de linguistes comme Troubetzkoy et Baudouin de Courtenay, il offre une compréhension détaillée des bases de la phonétique et de la phonologie.
La linguistique contemporaine distingue avec précision le son et le phonème, deux notions fondamentales mais aux fonctions distinctes. Comprendre cette différence permet de saisir les bases de l’analyse phonologique, essentielle pour décrire le fonctionnement des langues naturelles.
Le son, unité de la phonétique, est un phénomène physique et mesurable. Il résulte de la vibration des cordes vocales, de l’articulation des organes de la parole et des propriétés acoustiques. Chaque son, ou phone, est une réalisation particulière qui peut varier selon le contexte articulatoire sans affecter le sens des mots (Duchet, 1981). Par exemple, le son [p] produit dans « pomme » est une simple vibration d’air, définie par ses caractéristiques articulatoires et acoustiques. En revanche, le phonème est une unité abstraite et distinctive de la langue, responsable de créer des oppositions de sens.
Troubetzkoy (1986) définit le phonème comme la plus petite unité distinctive de la langue, non décomposable en segments plus simples. Dans la paire minimale « port » [pɔʁ] et « bord » [bɔʁ], l’opposition entre /p/ et /b/ témoigne de la fonction distinctive des phonèmes. Ainsi, le phonème appartient à la phonologie, qui s’intéresse au rôle fonctionnel des sons dans un système linguistique donné, tandis que le son est l’objet d’étude de la phonétique, qui en analyse la production et la perception.
Baudouin de Courtenay a été l’un des premiers à souligner la nature psychologique du phonème. Selon lui, le phonème n’est pas une simple réalisation sonore, mais une représentation mentale stabilisée dans la conscience des locuteurs. Scerba prolonge cette idée en affirmant que le phonème constitue l’élément minimal des représentations acoustiques générales associées à des unités de sens.
Dans la tradition structuraliste, la différence entre phonème et son est centrale. Troubetzkoy oppose leur caractère : le son est indépendant des éléments voisins, tandis que le phonème se définit toujours en fonction des relations qu’il entretient avec d’autres phonèmes. Cette interdépendance est manifeste dans les relations de coarticulation où un phonème peut être influencé par son environnement phonétique immédiat.
La méthode de la paire minimale permet de dégager les phonèmes d’une langue. Il s’agit de comparer deux mots ne différant que par un seul élément sonore, comme « rat » [ʁɑ] et « las » [las]. Ce test révèle que les sons [ʁ] et [l] appartiennent à des phonèmes distincts, car leur substitution entraîne un changement de sens. La phonétique, quant à elle, étudie ces sons isolés, leur durée, leur intensité, ou encore leur fréquence, sans considération de leur rôle linguistique.
En phonologie générative, la notion de segment, composée de traits distinctifs, remplace parfois celle de phonème (Chomsky et Halle, 1968). Un segment est défini par des oppositions binaires telles que [±voisé] ou [±nasal], formant un système qui décrit l’ensemble des contrastes pertinents d’une langue. Cette approche affine la compréhension des phonèmes en mettant en évidence les traits communs et distinctifs.
Enfin, le phonème se distingue par son caractère fonctionnel. Alors que le son est une manifestation physique observable dans toutes les langues, le phonème varie selon les systèmes linguistiques. Par exemple, les distinctions vocaliques du français, qui comprennent des voyelles antérieures arrondies comme [y], n’existent pas en créole haïtien, où le système phonologique est structuré autrement (Govain, 2023). La relation entre son et phonème est donc à la fois complémentaire et contrastée, définissant deux niveaux essentiels pour l’analyse du langage humain.
En résumé, le son est une entité mesurable dans le domaine de la phonétique, tandis que le phonème est une abstraction propre à chaque langue, définie par ses oppositions distinctives et son rôle dans la communication linguistique. Cette distinction fondamentale permet d’appréhender la richesse et la complexité des systèmes sonores dans leur diversité et leur fonction.
Jocelyn Godson HÉRARD, Copywriter H-Translation