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Le dialogue intérieur : la dimension sociale de notre pensée

La pensée est-elle vraiment un acte solitaire ? Des linguistes et philosophes nous révèlent que nos réflexions les plus intimes sont en réalité profondément ancrées dans le social. Découvrez comment notre esprit est façonné par un dialogue constant avec des interlocuteurs imaginaires.

Introduction

Nous avons tous cette petite voix dans notre tête qui commente, analyse et réfléchit. Mais d’où vient-elle vraiment ? Est-elle le fruit d’une pensée purement individuelle ou le reflet de notre environnement social ? Ces questions, loin d’être anodines, sont au cœur de débats passionnants en linguistique et en philosophie du langage.

Dans cet article, nous allons explorer la conception de la pensée comme « parole intérieure » à travers les théories de grands penseurs tels que Ferdinand de Saussure, Émile Benveniste et Mikhaïl Bakhtine. Leurs travaux nous invitent à reconsidérer radicalement notre compréhension de la pensée et de sa relation avec le langage et la société.

Le signe linguistique : un débat fondamental

Nous avons tous cette petite voix dans notre tête qui commente, analyse et réfléchit. Mais d’où vient-elle vraiment ? Est-elle le fruit d’une pensée purement individuelle ou le reflet de notre environnement social ? Ces questions, loin d’être anodines, sont au cœur de débats passionnants en linguistique et en philosophie du langage.

Dans cet article, nous allons explorer la conception de la pensée comme « parole intérieure » à travers les théories de grands penseurs tels que Ferdinand de Saussure, Émile Benveniste et Mikhaïl Bakhtine. Leurs travaux nous invitent à reconsidérer radicalement notre compréhension de la pensée et de sa relation avec le langage et la société.

Saussure et l'arbitraire du signe

Ferdinand de Saussure, considéré comme le père de la linguistique moderne, a posé les bases de notre compréhension du signe linguistique. Pour lui, le signe est une entité mentale composée de deux éléments indissociables : le signifié (le concept ou l’idée) et le signifiant (l’image acoustique ou la représentation mentale du son).

Saussure insistait sur l’arbitraire du lien entre signifiant et signifié. Par exemple, il n’y a aucune raison intrinsèque pour que le concept de “arbre” soit associé aux sons [a-r-b-r]. Cette association est purement conventionnelle et varie selon les langues.

Dans son « Cours de linguistique générale », Saussure compare la langue à une feuille de papier : « la pensée est le recto et le son est le verso ; on ne peut découper le recto sans découper en même temps le verso ; de même dans la langue, on ne saurait isoler ni le son de la pensée, ni la pensée du son”.

Benveniste : une critique révolutionnaire

Émile Benveniste, linguiste français, a remis en question cette conception saussurienne. Pour lui, le lien entre signifiant et signifié n’est pas arbitraire, mais nécessaire. Il argumente :

“Entre le signifiant et le signifié, le lien n’est pas arbitraire ; au contraire, il est nécessaire. Le concept (“signifié”) “bœuf” est forcément identique dans ma conscience à l’ensemble phonique (“signifiant”) böf. Comment en serait-il autrement ? Ensemble, les deux ont été imprimés dans mon esprit ; ensemble, ils s’évoquent en toute circonstance. (…) L’esprit ne contient pas de formes vides, de concepts innommés.”

Cette perspective a des implications profondes. Si le lien entre signifiant et signifié est nécessaire, cela signifie que les mots ne sont pas de simples étiquettes que nous collons sur des pensées préexistantes. Au contraire, ils constituent le matériau même de notre pensée.

Benveniste va plus loin en affirmant : « C’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme. » Cette phrase souligne l’importance fondamentale du langage dans notre nature humaine et sociale.

La pensée comme dialogue intérieur

Le dialogisme bakhtinien

Mikhaïl Bakhtine, philosophe et théoricien russe du langage, pousse cette réflexion encore plus loin avec son concept de dialogisme. Pour lui, la pensée n’est pas un processus individuel et isolé, mais un dialogue constant avec notre environnement social. Selon Bakhtine, apprendre à penser, c’est en réalité apprendre à communiquer silencieusement avec des interlocuteurs imaginaires. Même dans la solitude la plus totale, notre pensée s’adresse à des figures absentes, à un “auditoire potentiel”.

Bakhtine et Voloshinov expliquent : “Le mot est (…) utilisable comme signe intérieur ; il peut fonctionner comme signe sans expression externe. (…) Ce n’est pas l’activité mentale qui organise l’expression, mais au contraire c’est l’expression qui organise l’activité mentale, qui la modèle et détermine son orientation.”

Les paroles potentielles qui nous habitent

Cette conception dialogique de la pensée a des implications fascinantes. Notre activité mentale ne se limite pas à nos expériences immédiates, elle est constamment nourrie par ce que le sociologue Alain Eraly appelle un “espace social virtuel”.

Eraly explique : “Vivre en société, c’est être entouré non simplement de paroles réelles, mais aussi de paroles potentielles, de visages, d’yeux et de bouches qui murmurent des choses derrière notre dos, qui se les disent tout bas en notre présence, qui s’apprêtent à les dire, qui pourraient les dire, qui se retiennent de les dire, qui auraient pu les dire. Et quelquefois, ces paroles potentielles crient bien plus fort dans notre tête que les paroles qu’ils prononcent réellement.”

Cette perspective nous invite à considérer que même nos pensées les plus intimes sont en fait des réponses à des conversations imaginaires, des réactions à des situations sociales potentielles. Notre monologue intérieur est en réalité un dialogue constant avec la société.

L’esprit social : au-delà de l’individu

L’auditoire intérieur

Cette perspective nous invite à reconsidérer la nature même de notre esprit. Loin d’être une entité isolée, il apparaît comme profondément social, façonné par un dialogue constant avec notre environnement.

Plusieurs penseurs ont conceptualisé cet auditoire interne. George Herbert Mead parle d'”autrui généralisé”, le représentant typique d’une communauté. Adam Smith évoque un “spectateur impartial et bien informé”. Bakhtine utilise le terme de “surdestinataire”. Tzvetan Todorov mentionne “le représentant normal du groupe social auquel on appartient”.

Dans tous les cas, l’idée est la même : l’esprit se constitue dans la communication plutôt qu’il ne l’engendre. Nos pensées ne sont pas simplement des produits individuels, mais le résultat d’un dialogue constant avec ces figures intériorisées de notre environnement social.

La pensée comme action sémiotique

Cette conception nous amène à voir la pensée non pas comme un processus abstrait et désincarné, mais comme une véritable action sémiotique. Comme le souligne le psychologue Lev Vygotsky, “Ce n’est pas l’activité mentale qui organise l’expression, mais au contraire c’est l’expression qui organise l’activité mentale, qui la modèle et détermine son orientation.”

En d’autres termes, nos pensées sont des intentions d’action sémiotique, des ébauches de communication qui façonnent notre compréhension du monde et de nous-mêmes. Elles ne préexistent pas au langage, mais se forment à travers lui. Cette perspective rejoint celle de Maurice Merleau-Ponty, qui affirme qu'”une pensée qui se contenterait d’exister pour soi, hors des gênes de la parole et de la communication, aussitôt apparue tomberait à l’inconscience. » La pensée n’existe donc que dans son expression, même si celle-ci reste intérieure.

Conclusion : repenser notre vie intérieure

Cette exploration des théories linguistiques et philosophiques nous invite à un profond changement de perspective sur notre vie intérieure. Loin d’être un monologue solitaire, notre pensée apparaît comme un dialogue constant avec la société, même dans nos moments les plus intimes.

Cette conception remet en question l’idée d’une pensée “pure” qui précéderait le langage. Au contraire, elle suggère que notre pensée est intrinsèquement liée aux mots et aux structures linguistiques que nous avons acquis à travers nos interactions sociales. Nos réflexions les plus abstraites sont ainsi ancrées dans le terreau fertile de notre langue et de notre culture.

De plus, cette perspective souligne l’importance cruciale de nos interactions sociales dans la formation de notre esprit. Nos pensées ne sont pas simplement le produit d’un cerveau isolé, mais le fruit d’un dialogue constant avec notre environnement social, passé et présent. Chaque conversation, chaque livre lu, chaque expérience partagée contribue à façonner le paysage de notre dialogue intérieur.

Cette approche nous invite également à être plus attentifs aux “voix” qui peuplent notre dialogue intérieur. Qui sont ces interlocuteurs imaginaires à qui nous nous adressons dans nos pensées ? Quelles sont ces paroles potentielles qui résonnent dans notre esprit, parfois plus fort que les mots réellement prononcés ? En prenant conscience de ces dimensions dialogiques de notre pensée, nous pouvons peut-être mieux comprendre nos propres processus mentaux et la façon dont ils sont influencés par notre environnement social.

Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour approfondir ces idées, elles ouvrent des perspectives passionnantes pour notre compréhension de l’esprit humain. Elles nous invitent à considérer notre vie mentale non pas comme un domaine strictement privé et individuel, mais comme un espace profondément social et interconnecté.

La prochaine fois que vous vous surprendrez à « penser tout haut », rappelez-vous que vous participez en réalité à une conversation silencieuse mais essentielle. Cette conversation, qui fait de vous un être fondamentalement social, est le reflet de votre immersion dans un monde de signes, de significations et d’interactions humaines. C’est peut-être là que réside la véritable nature de notre humanité : dans cette capacité à porter en nous le murmure constant de la société, même dans nos moments de plus grande solitude.

Jocelyn Godson Hérard, CopyWriter H-Translation

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