Cet article explore en profondeur la complexité du langage à travers les travaux de chercheurs tels qu’Edward Sapir, Franz Boas et Benjamin Lee Whorf. En mettant en lumière la variabilité linguistique au niveau lexical, phonétique et morphosyntaxique, ainsi que son lien avec les institutions sociales et les traditions culturelles, il examine comment le langage non seulement facilite la communication mais joue également un rôle crucial dans la représentation symbolique et l’expression psychologique. La réflexion sur la nature conventionnelle du langage et ses implications pour la pensée et la culture humaine offre une compréhension nuancée des systèmes linguistiques en tant qu’instruments de socialisation et de cognition.
L’étude de la nature socioculturelle du langage, telle qu’elle a été développée par Edward Sapir et ses contemporains, offre une perspective riche et multidimensionnelle sur la façon dont les systèmes linguistiques interagissent avec les structures sociales et les traditions culturelles. Cette approche, ancrée dans une méthodologie interdisciplinaire combinant linguistique et anthropologie, a permis de mettre en lumière la remarquable variabilité des langues humaines et leurs relations complexes avec l’environnement socioculturel.
Variabilité linguistique et diversité culturelle
Les travaux de Sapir, influencés par ceux de Franz Boas et enrichis par les contributions de Benjamin Lee Whorf, ont mis en évidence l’extraordinaire diversité des systèmes linguistiques à travers le monde. Cette variabilité s’observe non seulement au niveau lexical, mais aussi dans les structures phonétiques et morphosyntaxiques des langues. L’étude comparative des langues amérindiennes et des langues indo-européennes a révélé des différences profondes dans la manière dont les langues organisent et expriment l’expérience humaine. Sapir a souligné que cette diversité linguistique s’accompagne d’une diversité tout aussi profonde des institutions sociales et des traditions culturelles. Il considère le langage comme une institution historique et socioculturelle, qui évolue dans le temps et l’espace de manière apparemment aléatoire, tout en restant une propriété universelle de l’espèce humaine.
Le langage comme système de représentation
Une contribution majeure de Sapir à la compréhension de la nature socioculturelle du langage réside dans sa conception du langage comme système de représentation symbolique. Selon lui, le langage ne se contente pas de refléter passivement la réalité ; il joue un rôle actif dans la construction et l’organisation de l’expérience humaine.
Sapir décrit le langage comme “une actualisation vocale de la tendance à voir la réalité de façon symbolique”. Cette fonction de représentation consiste à créer des substituts ou représentants de la réalité connue par le sujet, dont l’organisation constitue ce que l’on appelle généralement la pensée. Ainsi, le langage sert de médiation entre l’expérience individuelle unique et les catégories conceptuelles partagées par une communauté linguistique.
Cette approche met en lumière le paradoxe entre la fonction communicative du langage et la nature intrinsèquement individuelle de l’expérience. Sapir explique que les mots ou symboles linguistiques ne désignent pas directement notre expérience particulière, mais correspondent à des catégories ou ensembles qui regroupent les divers produits de l’expérience individuelle à propos d’une même réalité. Ce processus de catégorisation et de symbolisation est au cœur de la nature socioculturelle du langage.
Le langage comme instrument d'expression
Au-delà de sa fonction de représentation, Sapir souligne également l’importance du langage comme système expressif. Il observe que le choix des mots, des locutions et des structures syntaxiques révèle souvent des caractéristiques psychologiques du locuteur, de ses interlocuteurs ou de la situation de discours dans son ensemble. Cette dimension expressive du langage contribue à sa richesse et à sa complexité en tant que phénomène socioculturel. Elle permet au langage de véhiculer non seulement des informations référentielles, mais aussi des nuances émotionnelles, des attitudes et des relations sociales subtiles. Ainsi, le langage ne se contente pas de décrire le monde ; il permet également aux individus d’exprimer leur subjectivité et de négocier leurs relations sociales.
Implications pour la pensée et la culture
La réflexion de Sapir sur la nature socioculturelle du langage l’a conduit à s’interroger sur les relations entre langue, pensée et culture. Bien que souvent associé à l’hypothèse du relativisme linguistique, la position de Sapir est en réalité plus nuancée et complexe que celle généralement attribuée à l’hypothèse Sapir-Whorf.
Sapir reconnaît que le langage, en tant qu’institution culturelle, peut influencer la manière dont les individus perçoivent et organisent leur expérience du monde. Cependant, il ne va pas jusqu’à affirmer un déterminisme linguistique strict. Il considère plutôt que l’influence du langage sur la pensée s’exerce principalement au niveau du lexique, les structures phonétiques et morphosyntaxiques ayant un impact moins direct sur l’organisation cognitive.
Cette perspective nuancée invite à considérer le langage comme un outil de socialisation et de cognition, qui façonne subtilement notre expérience du monde sans pour autant la déterminer entièrement. Elle souligne l’importance de comprendre les systèmes linguistiques dans leur contexte socioculturel, tout en reconnaissant la flexibilité et l’adaptabilité de la cognition humaine.
Conclusion
L’étude de la nature socioculturelle du langage, telle que développée par Sapir et ses contemporains, offre une perspective riche et nuancée sur la complexité des systèmes linguistiques humains. En mettant en lumière la variabilité linguistique, le rôle du langage dans la représentation symbolique et l’expression psychologique, ainsi que ses implications pour la pensée et la culture, cette approche invite à une compréhension plus profonde de la place du langage dans l’expérience humaine.
Cette perspective interdisciplinaire, combinant linguistique, anthropologie et psychologie, continue d’influencer la recherche contemporaine sur le langage. Elle nous rappelle que les langues ne sont pas de simples outils de communication, mais des systèmes complexes profondément ancrés dans le tissu socioculturel des communautés humaines, jouant un rôle crucial dans la construction et l’expression de notre expérience du monde.
Jocelyn Godson HÉRARD, Copywriter H-Translation